2025
Zero Update : Contourner la DSI par l'architecture et le Compliance-as-code
S'affranchir de la dette technique et des lenteurs de déploiement B2B en concevant un logiciel hybride qui intègre les normes légales directement dans le code.
En milieu industriel B2B, la contrainte qui décide du sort d'un logiciel n'est pas fonctionnelle, elle est administrative : toute mise à jour passe par la direction informatique du client, et chaque passage coûte des semaines. L'ancienne version imposait un installateur à chaque correctif, ce qui plaçait notre rythme de livraison sous la dépendance d'un service dont ce n'était pas la priorité. La refonte a été conçue autour de cette contrainte plutôt que contre elle.
Préventimark
Directeur des Opérations - Creative Manager
Développement de produit (physique et digitaux), Produit & Expérience Utilisateur
Une architecture coupée en deux
La solution retenue sépare strictement les responsabilités. Un client lourd, écrit en React et Node encapsulés dans Electron, gère ce qui exige un accès à la machine : les pilotes d'impression et les ressources locales. Il est conçu pour ne plus bouger. Tout le reste, c'est-à-dire les fonctionnalités, est servi depuis un front distant. Ce découpage produit est ce que nous appelons le « Zero Update » : l'intelligence du logiciel évolue en ligne, sans installateur et sans ticket auprès de la DSI.
La preuve par le rythme
Une architecture de ce type ne se juge pas sur son schéma mais sur ce qu'elle autorise ensuite. Depuis la mise en production, dix-huit fonctionnalités ont été livrées aux utilisateurs en ligne sans friction ni intervention informatique côté client. Le produit est aujourd'hui en version 4.2.3, et la 4.3.0 en préparation intègre deux nouvelles imprimantes. Une version locale reste disponible pour les environnements où la connexion sortante est refusée, cas fréquent qu'il aurait été imprudent de traiter comme marginal.
Du fichier au composant
L'ancienne version reposait sur 4 500 templates d'étiquettes maintenus un par un, ce qui interdisait toute évolution transversale : corriger une mention réglementaire supposait de rouvrir chaque fichier concerné. Nous avons décomposé ces templates en composants réutilisables, assemblés à la demande. La base de code dédiée à la création de templates a diminué d'environ 60 % en volume, mesure faite sur le poids des sources.
La norme écrite dans le code
Les contraintes métier, normes applicables, pictogrammes obligatoires, mentions légales, ont été traduites en classes logiques qui valident et calibrent l'étiquette avant l'envoi vers le moteur d'impression. Modéliser la règle dans le code plutôt que la rappeler dans une documentation déplace la charge de conformité de l'opérateur vers le logiciel. L'étiquette est construite à la volée en croisant le besoin de l'utilisateur et le consommable réellement chargé, ce qui rend caduque la notion de catalogue figé.
Une double expertise que personne ne devrait avoir à réunir
Éditer une étiquette de signalétique demande deux compétences sans rapport : composer un document lisible, et connaître les normes applicables. Les attendre toutes deux d'un opérateur revient à lui demander d'être graphiste et référent réglementaire. Le logiciel porte donc ces deux expertises et guide l'édition, au lieu de la laisser à la libre appréciation de l'utilisateur.
Nous parlons en interne des « trois clics ». C'est une image, pas une mesure, et une étiquette complexe en demandera davantage. Elle décrit fidèlement la direction retenue : retirer du parcours les choix qui n'appartiennent pas à l'opérateur, automatiser les réglages qu'il n'a aucune raison de connaître.
Un affichage qui suit l'usage réel
L'ancienne interface était figée sur une résolution de poste fixe. La refonte a introduit un affichage responsive parce que le logiciel s'ouvre aussi bien sur une tablette en maintenance que sur un laptop 13 pouces ou un poste de contrôle. Ce point paraît secondaire jusqu'à ce qu'on observe où l'outil est réellement utilisé.
Améliorer sans dérouter
L'ancienne interface était austère et difficile à aborder, ce qui produisait une friction dès la première ouverture. Le traitement graphique a été choisi pour réduire cette friction, et pour rien d'autre. La contrainte venait des utilisateurs eux-mêmes : une base installée habituée aux versions précédentes, dont les repères se seraient effondrés si nous avions repensé l'interface de fond en comble.
J'ai donc écarté la refonte visuelle complète, plus satisfaisante à concevoir et plus coûteuse à absorber pour ceux qui utilisent l'outil tous les jours. La simplification s'est faite par étapes, en conservant les repères structurants. Le gain d'ergonomie ne vaut que s'il ne se paie pas en désorientation.
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