2023
Piloter le Cycle de vie produit : Un lancement premium pour amorcer un "Phase-Out"
Réaliser la campagne du produit phare pour tirer le renouvellement complet d'un catalogue vieillissant, déclenchant au passage la création d'un pipeline 3D propriétaire.
Universal Goggles n'était pas un lancement isolé mais la tête d'un remplacement de gamme. Les masques en catalogue vieillissaient et leurs marges s'étaient considérablement érodées ; le nouveau produit devait ouvrir leur phase out, avec un positionnement premium destiné à tirer toute la gamme derrière lui. La difficulté créative tenait au produit lui-même : sa promesse est l'universalité, or ses variantes ne se distinguent pas visuellement. Ventilé, étanche, néoprène, soudure, tout se joue dans un code couleur et une teinte d'oculaire.
Bollé Safety X EO Production
Direction Artistique - Creative Manager
Notoriété & Campagnes Créatives, Produit & Expérience Utilisateur
Quatre terrains choisis par les équipes régionales
La campagne couvre quatre secteurs, et aucun n'a été arrêté au siège. La construction a été retenue par le marketing européen, la mine par l'équipe australienne, l'oil and gas pour le marché américain. Chaque région a désigné le terrain qu'elle jugeait le plus porteur pour cette gamme, la soudure complétant la couverture des usages.
Ce mode de décision reprend celui de la campagne Platinum, l'année précédente, où chaque région commerciale avait déjà désigné son terrain prioritaire afin de concentrer un budget insuffisant. Il produit ici davantage qu'un compromis budgétaire. Le nom du produit annonce l'universalité : montrer quatre environnements réellement différents, chacun défendu par l'équipe régionale qui l'a retenu, démontre la promesse au lieu de l'affirmer. La segmentation devient l'argument.
Le diptyque, univers et aventurier
Chaque secteur est traité par un couple d'images plutôt que par une seule. Un visuel porte l'environnement et le produit, l'autre porte l'homme qui le porte.
Ce dédoublement vient d'une extension de la direction artistique aux packshots. Plutôt que de laisser cohabiter des visuels de campagne d'un côté et des packshots de catalogue de l'autre, j'ai produit des hero packshots situés dans l'univers iconographique de la campagne, en complément des packshots traditionnels. Le produit cesse d'être détouré sur fond neutre à côté d'un récit auquel il n'appartient pas.
Trouver le bon niveau d'hyperbole
Le parti pris consistait à dépeindre les travailleurs en aventuriers, dans un univers volontairement grandi. Contrairement à la campagne Platinum, où le passage du registre du risque à celui de l'empowerment s'était heurté aux réticences des équipes commerciales européennes, l'arbitrage de positionnement n'a ici posé aucune difficulté : le rebranding avait officialisé l'empowerment, et les succès précédents m'avaient donné une légitimité que je n'avais pas l'année d'avant auprès des équipes régionales.
La difficulté s'est déplacée vers l'écriture, à un endroit plus délicat. Une hyperbole doit être assez visible pour que le lecteur en perçoive le jeu, sinon elle passe pour une prétention. Mais elle ne doit jamais basculer dans le second degré ni dans la supériorité, sous peine de faire de celui qu'elle met en scène un personnage dont on sourit. Or le fond du propos est l'inverse : un respect réel pour des métiers exigeants. Le réglage s'est donc fait phrase par phrase, sur ce fil précis.
Fabriquer les décors qu'on ne peut pas louer
Le budget de production était cette fois complet, ce qui a permis de tourner en décors naturels. Une seule exception, l'exploitation pétrolière américaine, sans équivalent accessible pour un tournage en France.
L'équipe d'EO Production a repris ici toute sa pertinence, dans un travail de repérage et d'accessoirisation où chaque scène a été résolue par un montage économique plutôt que par la dépense. Une grotte en Ardèche a servi de mine, éclairée par quatre projecteurs disposés pour reproduire la lumière d'un engin massif. Des sections de pipeline et des vannes ont été fabriquées en PVC et en polystyrène pour tenir le premier plan de l'univers pétrolier, le reste étant tourné sur fond vert avec intégration d'un plan de banque d'images en arrière-plan.
Ce pragmatisme financier appliqué à chaque staging n'est pas un détail de production. Il détermine ce qu'un concept peut se permettre : décider où l'argent doit aller, et où une solution fabriquée fait le même travail qu'une location, est la condition pour que l'ambition survive au devis.
Passer par le masque et par la pupille
La continuité entre les quatre univers a été construite en amont, au découpage. Les plans séquences ont été travaillés précisément pour garantir la fluidité des transitions, et le mécanisme de passage d'une scène à l'autre a été conçu comme un franchissement : la caméra traverse le masque, puis la pupille.
Ce dispositif inaugure une figure que la campagne MY6 reprendra quelques mois plus tard, sous une forme allégée : le passage par l'œil comme porte narrative. Il est d'emblée plus exigeant techniquement, parce que le masque s'interpose entre la caméra et la pupille. La solution a consisté à **retirer la vitre du masque au tournage**, pour éliminer les reflets parasites et les défauts de mise au point, puis à la recréer en postproduction. Un HDRI a été produit sur place afin que l'éclairage de synthèse retrouve exactement celui du plateau.
J'ai ensuite validé le travail 3D d'après mes storyboards, en cherchant le meilleur raccord possible du morphing entre le graphisme de l'iris et l'apparition des univers cosmiques. Une transition de ce type ne tient que si le point de bascule est préparé à la prise de vue : décidée en postproduction, elle se voit toujours.
Ce que les packshots figés ont coûté
Les visuels d'univers produit sont des photomontages construits à partir de packshots physiques. Je n'avais pas encore, à cette date, de workflow de compositing 3D.
Cette limite a pesé plus que je ne l'avais prévu. Les packshots sont arrivés tard dans le processus, il a fallu aller vite, et travailler à partir d'images figées restreint sévèrement les possibilités : un angle non prévu ne se rattrape pas, une lumière qui ne raccorde pas se subit. Le résultat tient, mais il a été obtenu contre la méthode plutôt que grâce à elle.
C'est précisément cette frustration qui a déclenché mon travail sur le pipeline de packshots 3D, un système qui génère les images produit directement depuis la donnée technique, sans studio ni prise de vue, et qui fait l'objet d'une étude dédiée. J'y cherchais trois choses que ce projet m'avait refusées : produire avant l'arrivée des golden samples, disposer d'une liberté de cadrage et de lumière, et obtenir des visuels plus aboutis.
Le code couleur comme seule différence visible
La gamme est construite sur une convention chromatique stricte : jaune pour le ventilé, vert pour l'étanche, gris pour le néoprène, noir pour la version soudure, la teinte d'oculaire venant ensuite. Aucune de ces différences n'est techniquement lisible sur une image de campagne.
Le choix a donc été de ne pas tenter de les expliquer, et de faire porter aux visuels la diversité des usages plutôt que celle des références. La pédagogie technique est venue plus tard, une fois le pipeline 3D en place, sous forme de vues éclatées mettant en évidence les caractéristiques de chaque version pour les supports techniques et de conversion. Séparer ces deux discours a évité le défaut classique de la campagne produit, où l'on tente d'inspirer et d'expliquer dans la même image et où l'on rate les deux.
Une campagne au service d'un phase out
La campagne initiale est une campagne de notoriété pure. Elle a été relayée ensuite par des assets de trade marketing destinés à accompagner la transition commerciale, ce qui était son objet réel.
Les deux objectifs coexistaient sans se confondre. Vers le marché, il s'agissait d'annoncer un lancement et d'installer un positionnement premium, icône de l'expertise Bollé Safety. En interne, il s'agissait d'ouvrir le remplacement progressif de toute la gamme de masques, complété six mois plus tard par un modèle de milieu de gamme et un produit d'entrée de gamme.
Ce développement produit a servi un troisième objectif, moins visible et plus durable : il a été l'occasion d'appliquer les nouveaux codes de marque au design produit lui-même. La campagne aura donc accompagné une opération de marge, un renouvellement de catalogue et l'ancrage d'une identité, sans qu'aucun de ces trois plans n'apparaisse au lecteur d'une affiche.
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