2022
Stakeholder Management & Ciblage : L'art de gérer une coupe budgétaire
Reprendre un projet en dérive, apaiser les conflits culturels internes, et forcer l'alignement de 3 régions mondiales autour d'une campagne recentrée et orientée conversion.
Le revêtement PLATINUM disposait d'un argument rare : cent fois plus résistant que l'exigence de la norme EN166, mesuré par un laboratoire indépendant. Il ne disposait ni d'un budget complet, ni d'un consensus interne sur la manière d'en parler. La campagne a été lancée avec une agence externe, a dérivé, et m'est revenue tardivement avec une part du budget déjà consommée en frais d'agence. Tout ce qui suit découle de cette double contrainte : moins d'argent que prévu, et une équipe à convaincre en même temps qu'un produit à vendre.
Bollé Safety
Creative Manager - Direction Artistique
Notoriété & Campagnes Créatives
Reprendre un projet qui n'était pas le mien
Je n'étais pas encore installé dans ce rôle quand la campagne a été confiée à une agence. Ce sont des collègues qui, voyant le projet dériver, m'ont demandé d'y jeter un œil. J'aurais pu me contenter d'un avis. J'ai préféré proposer des pistes créatives, puis un plan de production et le récit qui allait avec, ce qui revenait à démontrer une capacité plutôt qu'à la revendiquer. Le projet m'a été confié ensuite.
Ce détour a un coût qu'il faut nommer : la part de budget déjà partie en frais d'agence n'est jamais revenue, et l'ensemble de la production a dû tenir dans ce qui restait. La légitimité s'est donc construite en même temps que la livraison, dans un délai déjà contraint.
Faire de la contrainte budgétaire une méthode de ciblage
Le budget restant interdisait de produire les décors nécessaires pour couvrir la diversité des environnements industriels. Plutôt que d'étaler la production en surface, j'ai choisi de concentrer les moyens sur trois terrains seulement, et de faire de leur sélection un exercice partagé.
J'ai consulté les équipes des trois régions commerciales de Bollé Safety pour qu'elles identifient chacune un marché prioritaire, avec une condition venue du produit : que ce terrain présente des conditions de travail extrêmes favorisant la formation de buée, puisque c'est précisément ce que le revêtement traite. Les échanges ont été longs, parce qu'il fallait faire tenir ensemble mes intentions de mise en scène et leurs besoins de représentation.
Le résultat associe une région à un secteur et à une condition physique : l'énergie éolienne en EMEA, pour le vent, l'humidité et l'engagement physique ; la mine souterraine en APAC, en Australie, pour la chaleur, l'humidité, la faible luminosité et le risque de rayure par projection ; la construction aux États-Unis, pour la chaleur écrasante et la transpiration. Trois terrains au lieu de douze, chacun défendu par la région qui l'avait choisi.
Un changement de registre qui ne s'est pas imposé tout seul
La communication de la protection oculaire s'appuie traditionnellement sur le risque et le danger. J'ai porté l'idée d'un déplacement vers l'empowerment, en faisant de l'équipement un facteur de performance plutôt qu'un rempart contre l'accident. Cette campagne a été le projet pilote de ce pivot chez Bollé Safety.
L'adhésion n'a pas été uniforme. Les équipes américaines ont soutenu l'orientation, l'empowerment étant selon elles un moteur d'achat déterminant sur leur marché. Les équipes commerciales européennes, habituées au registre du risque, y étaient nettement moins favorables. Ce désaccord n'était pas un caprice : il reflétait des cultures de vente réellement différentes.
Le compromis s'est construit autour de la preuve. Sur la voix off et sur les supports de conversion, j'ai fait porter le discours par les données de test plutôt que par la seule promesse. Le registre restait celui de la performance, mais adossé à un fait mesuré, ce qui a permis d'embarquer les équipes les plus réticentes sans revenir à la communication anxiogène.
Un plan d'activation arrivé après les assets
Le plan d'activation m'a été présenté alors que la majorité des supports étaient déjà produits. Cet ordre inverse a imposé une série d'adaptations tardives pour raccorder des assets conçus pour la notoriété à un dispositif de génération de leads qui n'avait pas été spécifié au départ.
C'est le point que je referais différemment en premier, avant même la question du budget : un plan d'activation connu en amont oriente les formats, les durées et les fins de vidéo, alors qu'un plan découvert en aval ne peut que les rattraper.
Le dispositif a néanmoins produit un volume de leads qualifiés qui a alimenté les équipes commerciales, avec une part convertie en grands comptes et des retours favorables des distributeurs sur l'effet de la campagne sur leur activité.
Ce qui n'a pas fonctionné
Les résultats attendus n'ont pas été atteints aux États-Unis. L'implantation de Bollé Safety y était récente et notre connaissance du marché insuffisante pour calibrer correctement le message et les supports. Le terrain choisi était pertinent, l'exécution ne l'était pas assez pour un marché que nous connaissions mal.
Avec un cadrage plus amont et le budget entier, j'aurais réservé une part des moyens à une seconde phase de production nourrie par le retour d'expérience, et à un test A/B suffisamment complet pour produire des enseignements chiffrés plutôt que des impressions. C'est la principale leçon que je tire de ce projet : sur un marché mal connu, prévoir le budget de la correction compte autant que celui de la production.
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